La créature qui affole les biologistes

Ce n’est ni un végétal, ni un animal. Juste une simple cellule, unique, mouvante et… intelligente ! Vincent Naullet a ausculté ce véritable prodige de l’évolution.

Cela ressemble à une grosse blague de biologiste. Imaginez un organisme ni animal, ni végétal, ni champignon, formé d’une unique cellule gigantesque – susceptible de couvrir 10 m2 , voire plus – raffolant de flocons d’avoine et de blancs d’œuf. Drôle. Imaginez maintenant que cet être unicellulaire rampant et baveux soit capable de résoudre sans effort des problèmes de mathématiques, d’apprendre de nouveaux comportements et même de transmettre ces enseignements à ses congénères ; en clair, une sorte de moisissure savante.

Très drôle… Mais non, pas drôle du tout : “Cet organisme, Physarum poly cephalum, existe bel et bien sur Terre depuis au moins 500 millions d’années et prospère dans les sous-bois”, tance Audrey Dussutour, la spécialiste mondiale de cet ovni au Centre de recherche sur la cognition animale (université Paul-Sabatier, Toulouse). “Nous l’appelons entre nous ‘Blob’, en référence à un film d’horreur américain de 1958 qui faisait de Physarum le personnage principal cherchant à envahir la planète.” “C’est un organisme totalement fou, incroyable, fascinant”, souffle Carsten Janke, spécialiste des eucaryotes à l’Institut Curie (Paris). Aussi chevronnés soient-ils, les biologistes qui se sont penchés sur le Blob l’ont toujours trouvé furieusement étrange : horriblement difficile à placer sur l’arbre du vivant – il vient seulement d’être classé parmi les amibozoaires –, bizarrement organisé avec cette seule cellule comprenant des millions de noyaux baignant dans le même cytoplasme, franchement envahissant avec sa tendance à déborder des boîtes de Petri du jour au lendemain à une vitesse de croissance pouvant atteindre 4 cm par heure. Sans parler de sa faculté à “ressusciter” après avoir subi une franche dessiccation ou de ses comportements alimentaires et sociaux très variables d’une souche à l’autre ; “Ces cellules montrent des personnalités bien différentes”, sourit Audrey Dussutour.

 

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