La chronique scientifique du mois

La science n’a pas de patrie”, disait Pasteur. Hélas, les campagnes électorales récentes ont montré une tendance universelle : dans les débats entre candidats à la fonction suprême, un peu partout dans le monde, la science compte peu — voire pas du tout — et ses arguments ne sont jamais mis en avant comme éléments forts d’une réflexion sur le futur. Pis, le statut de la “vérité” scientifique — celui de l’état actuel des connaissances — est régulièrement ignoré, quand il n’est pas relégué, tout simplement, au rang d’opinion. En particulier aux États-Unis où Donald Trump cible depuis son entrée en fonction le monde universitaire et la recherche, et restreint brutalement la diffusion des résultats de grandes agences fédérales à la tête desquelles il a nommé des climatosceptiques et des créationnistes.

Nul doute, le monde de la science traverse la même crise de confiance que celui des médias. Les chercheurs sont accusés d’être biaisés ou trop à gauche. Les journalistes, d’être à la solde des lobbies et de mépriser les “vrais gens”. Les premiers sont ignorés, les seconds sifflés. Quand ils ne sont les victimes de délits d’opinion. Leur tort commun est d’utiliser une méthode basée sur la collecte, puis la vérification et l’analyse des faits. Bref, de faire un travail d’enquête et de recoupement de données. L’inverse des positions idéologiques défendues par les négateurs qui tentent de semer le doute sur des faits sérieusement documentés — autour de l’impact des activités humaines sur le climat et l’environnement, par exemple — le tout au profit d’intérêts privés. L’apparition des “faits alternatifs” et des “post-vérités” a montré que c’est au cœur même de la démarche scientifique que s’attaquent ces nouveaux obscurantistes. L’histoire des sciences, et en particulier celle de l’astronomie, ne manque pas de thèmes et de tartarins pour illustrer ces tentatives d’imposer une vision du monde très… parallèle. Il existe encore des partisans de la terre plate. Et des adeptes de la terre creuse qui y répondent à merveille.

Si l’héliocentrisme s’est imposé, et les bûchers de l’Inquisition se sont éteints, l’esprit géocentrique reste de mise dans bien des comportements. Pour le défunt astronaute Edgar Mitchell, sixième piéton lunaire, de là-haut, “on se tourne vers l’humanité, on ressent un intense mécontentement de l’état du monde et l’envie compulsive de changer les choses. Depuis la Lune, la politique internationale semble insignifiante. On aimerait prendre un politicien par la peau du cou, l’amener à un quart de million de miles de la Terre et lui dire : regarde ça, fils de pute.” Ceux qui pensent que l’homme n’a jamais marché sur la Lune n’apprécieront sans doute pas cette apostrophe provocatrice et y verront un argument supplémentaire à mettre au crédit de leur déni. Bref, sans être allé bien loin dans le Système solaire l’Homo espacus peine toujours autant à se libérer des croyances et des chaînes de la gravité. Changer de vision du monde et ne plus avoir peur, comme les irréductibles Gaulois, que “le ciel nous tombe sur la tête” (même si “c’est pas demain la veille” commente Abraracourcix) prend du temps. La preuve, avec le dossier que vous découvrirez dans ce numéro, où le danger des astéroïdes se transforme en opportunité. Un potentiel et futur eldorado où ces cailloux, qui menacent de détruire l’essentiel de la vie terrestre, deviennent des stations-service à disposition des satellites et des visées exploratrices futures. Et là, les outils du monde scientifique ne seront pas de trop pour y parvenir

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