L’eau martienne joue à cache-cache

l y a eu de l’eau sur Mars dans un passé très lointain. Cette eau a aujourd’hui disparu de la surface. Les astronomes soupçonnent qu’une partie s’est perdue dans l’espace, et qu’une autre est restée enfouie, en grande partie sous forme de glace, dans le sol. Toutefois, malgré ces faits à peu près établis au terme de décennies d’exploration de la planète rouge avec des sondes spatiales, le précieux liquide, considéré comme indispensable à l’émergence de la vie, continue à jouer avec les nerfs des scientifiques. En témoignent trois études parues entre septembre 2016 et mars 2017, menées par des chercheurs français.

À l’automne, François Costard et Antoine Séjourné, du laboratoire Géosciences Paris-Sud (Geops), publient une hypothèse “extrême” : il existe peut-être des écoulements souterrains dans certaines régions, comme Utopia, situées aux hautes latitudes boréales martiennes. L’idée vient de l’observation sur Mars de réseaux de fossés d’effondrement similaires à ceux de l’Arctique canadien. Or, les géologues savent quel mécanisme en est à l’origine sur Terre : la fonte d’une partie du pergélisol (glace mélangée au sol) qui, en ruisselant, provoque des effondrements alignés. Mais pour que cela fonctionne sur Mars, où la température et la pression sont bien plus faibles, les modèles indiquaient qu’il fallait une couche de poussière isolante dans le sol. Faute de quoi, l’eau resterait glacée. “Nous nous sommes rendu compte que cette couche isolante existait, raconte François Costard. Nous l’avions identifiée autour de cratères curieusement perchés. C’est une nappe d’éjectas isolants de 180 m d’épaisseur et en dessous de laquelle le passage de l’eau à l’état liquide est possible.”

Quant à la datation, “les structures d’effondrement proches des cratères perchés ne contiennent presque aucun impact de météorites, ce qui veut dire qu’elles sont très récentes, quasiment actuelles.” Il y aurait donc encore de l’eau liquide sur Mars, dans des rivières souterraines, à environ 200 m de profondeur, entre 40 et 50° de latitude nord… Dans une zone peu accessible par les sondes de surface. Cette hypothèse en renforceraitelle une autre, qui depuis des années, laisse entendre que des coulées de sable noir, survenant de manière saisonnière sur certaines pentes, seraient provoquées par des résurgences d’eau liquide ? C’est tout le contraire, affirme une deuxième étude publiée le 20 mars par Frédéric Schmidt, du Geops également. Son équipe a démontré que, dans des conditions de faible pression atmosphérique, il existait un mécanisme (appelé “pompe de Knudsen”) qui, sans eau liquide, entraînait la déstabilisation du sable et provoquait des éboulements. C’est le Soleil qui, en chauffant le sable, transforme le sol en “pompe” qui fait bouger les grains. Cette explication permet enfin de résoudre le mystère de ces écoulements pour lesquels aucune source d’eau liquide, ni interne ni atmosphérique, ne semblait crédible au vu des conditions climatiques martiennes.

Enfin, il y a l’eau de jadis. Celle de l’hypothétique océan boréal, dont les lignes de rivage identifiées sur les photos des sondes ne semblaient jamais devoir concorder. Une équipe internationale dirigée par François Costard est arrivée fin mars à un résultat très convaincant : les lignes de rivage ont été en réalité sculptées par des tsunamis géants provoqués par la chute de grosses météorites dans l’océan boréal… qui existait donc ! Mieux, cet océan aurait perduré, au moins de manière épisodique jusqu’à voici 3,5 à 3 milliards d’années, alors que l’atmosphère de Mars s’était déjà raréfiée. Ces observations très solides (1) vont-elles déboucher sur une nouvelle chronologie de “Mars la bleue” ? Quoi qu’il en soit, à la lumière de ces nouveaux éléments, l’eau de Mars n’est ni là où on le pensait, ni exactement à l’époque à laquelle on l’attendait… De quoi ouvrir la voie à de futures missions — avec de nouveaux sites à explorer.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*